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FESTIV@LIEGE présente
MELANIE DE BIASIO
7 mars 2024, 20h
Réservation

Quand le festival pluridisciplinaire Europalia sollicita Mélanie De Biasio pour participer à son édition de 2021 sur le thème du train et de l’immigration, la musicienne belge eut l’idée d’un retour aux sources. « Pour éprouver le déracinement, je voulais remonter la route de cette immigration italienne, dont je suis le produit par mon père. » Munie d’un matériel léger- un micro Neumann, un enregistreur numérique Edirol et un vieil appareil photo- elle s’installe solitairement dans un petit village italien des Abruzzes à flanc de montagne, Lettomanoppello, où elle se lance dans un travail d’écriture et de captation qui nourrit son projet et constitue le point de départ d’un 4ème album en deux parties, Lay Your Ear To The Rail et The Chaos Azure. Présenté sous la forme d’un carnet de voyage musical et illustré, on y retrouve beaucoup de ce qui fait d’elle une artiste à part : un phrasé unique où chaque mot est savouré à la manière d’un fruit rare ; un timbre de voix d’une sensualité sans outrance, presque immaculée ; et surtout cette faculté à rendre au temps et à l’espace une plénitude qui résiste à la frénésie d’une époque saturée d’interférences et de bruits. En revanche, on s’éloigne de la source afro américaine où elle s’abreuvait jusqu’à présent pour accéder à une dimension immersive proche de l’ambient. « J’aime créer des paysages avec ma musique » confiait-elle sur une radio française à la sortie de Lilies, son précédent opus. De cette quête Lay Your Ear To The Rail/ The Chaos Azure, création plurielle et authentique expérience sensorielle, est l’aboutissement. A propos de ces enregistrements précédents, No Deal, Blackened Cities et Lilies, elle résume : « j’avais le sentiment d’être à la fin d’un cycle. Je voulais passer à autre chose. Prendre la route pour se réinventer constitue le fil rouge de ces deux disques organisés comme un voyage sonore en plusieurs étapes. » Qu’elle ait choisi Lettomanoppello pour premier ancrage n’est pas fortuit. C’est de ce village de montagne que sont originaires de nombreux mineurs qui ont travaillé dans la région de Charleroi, ville de naissance de Mélanie. Son séjour va durer un mois au cours duquel elle va recueillir des témoignages, celui notamment de Cicco Pepe qui a compté parmi ces exilés, avant de revenir vivre au pays, dont le récit constitue le préambule de Lay Your Ear To The Rail. « Dans sa voix, j’ai perçu comme un écho de l’humanité tout entière » dit-elle. Elle va surtout sillonner à pied les environs, enregistrer ce qu’elle appelle des « textures », le vent, l’eau des sources, des ruisseaux, le chant des oiseaux, des aboiements, des cloches d’églises. Dans ces moments-là, l’acousticienne se substitue à la musicienne pour capter des sons naturels, des vibrations non apprivoisées, se dégager du langage, des histoires et des mythes, pour accueillir pleinement la rumeur du monde. De cette approche découleront les deux faces du second disque The Chaos Azure et Alba qui symbolisent l’enjeu principal de l’ensemble, à savoir une renaissance. Alba c’est l’« aube » en italien, un mot qui met clairement en perspective l’aspiration à un renouveau artistique. Mais aussi le nom d’une maison située dans le cœur de Charleroi dont Mélanie a pris possession il y a 6 ans. Construite en 1877, ce qui fait d’elle la doyenne de la ville, elle est voisine du conservatoire où étudia Mélanie et abrita le consulat général d’Italie avant de sombrer dans un long sommeil. Offrant un vaste ensemble de pièces immenses réparties sur 4 étages la réhabiliter nécessita, outre un investissement important, trois ans de travaux au cours desquels Mélanie, aidée d’amis, de bénévoles, de mécènes, se métamorphosa tour à tour en maçon, peintre, menuisier. « Je voulais créer un lieu qui puisse accueillir des artistes dans un moment où ils doivent se réinventer, quitter leur ancienne peau et laisser naître la nouvelle. J’ai vécu dans ce chantier pendant ces trois années et j’avoue que je ne le referais pas. Heureusement qu’il y avait les tournées où je pouvais échapper à la poussière, aux émanations d’abrasifs. Cette maison a failli me tuer et j’en suis partie littéralement en lambeaux ! » Cette maison, prolongement de la mine des émigrés italiens, elle va la fuir pour se ressourcer en Italie. D’abord à Lettomanoppello puis à Montereale Valcellina, village des Dolomites dont sa famille est originaire où enfant elle passait ses étés. Elle y retrouve la maison de sa grand-mère, y enregistre Nonnarina, chanson tendre du souvenir composée en son honneur et interprétée en italien, une première. Pour Mélanie la mue, ce moment où l’on quitte son ancienne peau pour laisser naître la nouvelle, sera d’abord un retour à l’essentiel. Accompagnée d’une simple guitare, elle en exprime le désir dans ce Recorde Di Te chanté dans cette langue ombilicale qu’est pour elle l’italien. « Ma peau était devenue comme de la pierre dans ce chantier » confesse-t-elle. Une pierre qu’il a fallu briser pour que la chair puisse respirer à nouveau. En témoigne ce son vaporeux, pareil au sfumato en peinture sur I’m Looking For, ou versant dans une totalité spatiale sur Chiesa où la flûte de Mélanie profite de l’écho naturel d’une église. Musique spectrale de l’exil et de l’errance, Lay Your Ear To The Rail mène ainsi patiemment l’auditeur vers le retour à l’émerveillement de Now Is Narrow et San Liberatore, satisfaisant ainsi cette exigence intime que la musicienne s’était imposée : que ce voyage se fasse avec le regard d’un enfant. « Je voulais retrouver l’imaginaire propre à l’enfant qui, détaché des préoccupations de l’adulte, quitte le lieu où sont ses repères pour un autre dont il ne sait rien. Un enfant ça ne pense pas, ça rêve. » Ce voyage, celui de l’inerte au vivant, va se poursuivre aux États Unis dans les Catskill Mountains, au nord de New York, où sa rencontre avec le musicien et producteur David Baron et le violoncelliste Rubin Kodheli donne lieu à une improvisation collective de 20 minutes dont résulte The Chaos Azure. Avant un retour à Charleroi et à Alba pour une pièce éponyme interprétée conjointement avec Pascal Paulus, multi instrumentistes, complice des précédents albums de Mélanie, et produite par lui. Ainsi, si Lay Your Ear To The Rail/ The Chaos Azure se présente comme un voyage sonore, avec en filigrane l’émigration et les traces que cette expérience a laissées, l’album se définit aussi par un cheminement qui va de la nécessité de réveiller une mémoire affective à la quête d’un renouveau, musical, physique et spirituel. C’est vers l’exploration d’un temps vierge de toute expectative, d’un présent libéré du passé comme du futur, affranchi de la subordination au sacré comme de l’inclination au profane, que tendent The Chaos Azure et Alba, les deux faces qui complètent ce disque. Avec cette plongée fascinante dans la naissance d’un jour, d’une aube enregistrée en temps réel avec ses chants d’oiseaux, ses bruits inauguraux, elle nous offre une œuvre musicale, entre musique concrète et ambient, qui dérive peu à peu de la terre natale vers un monde rêvé. « L’aube a beaucoup d’importance pour moi parce que c’est l’instant du renouveau et de tous les possibles. » Avec cette célébration d’un jour naissant, elle quitte les rails du train, s’évade du récit collectif et familial pour simplement affirmer sa présence au monde. Elle nous accorde un moment de longue durée volé à la cacophonie moderne, baignant dans une quiétude épanouissante et nous invite à l’y rejoindre. 
 

 


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